Voici quelques considérations d’ordre général à propos de la future réglementation environnementale du bâtiment. Sans aucunement la prétention d’être exhaustifs, il s’agit ici de donner au lecteur une première impression sur le sujet, que nous ne manquerons d’aborder plus en détails ultérieurement, notamment pour ses implications en matière de structures.

La RE 2020 va être la prochaine réglementation « thermique » du bâtiment et faite suite à la RT 2012 qui elle-même est une lointaine descendante de la RT 1974 adoptée suite au premier choc pétrolier (avec des éditions plus ou moins remaniées en 1976, 1980, 1982, 1988, 2000 et 2005).

A priori rien de bien neuf sous le soleil, si ce n’est que l’on voit apparaître un E à la place du T habituel dans les versions précédentes. Un E qui signifie environnementale et remplace le T de thermique. Et alors, nous on fait de la structure donc on s’en fiche de la RT ou RE, c’est le problème des BE fluides, non ?

Hé bien ce n’est pas si simple que cela, car ce petit changement de lettre nous indique entre autres que nous allons dorénavant devoir compter un élément en plus de l’énergie : les émissions de gaz à effet de serre. Et pour ce qui nous concerne directement chez Idéum, les émissions liées aux matériaux de construction sur l’intégralité de leur cycle de vie. Bien entendu les matériaux composant la structure représentent une partie importante de ces émissions…

 

Le graphique avec les colonnes nous montre la répartition des émissions de gaz à effet de serre de trois grandes catégories de bâtiments. En jaune et orange : l’eau et le chantier. En bleu clair : l’énergie pour le fonctionnement et le chauffage. En bleu marine : les produits et équipements de construction. La partie structures proprement dite va représenter grosso modo un tiers de ces émissions.

Bref, nous voilà donc concernés par une réglementation thermique, ou plutôt environnementale. Ca ne sentirait pas un peu le changement d’habitudes ?

On ne va pas laisser traîner le suspens : bien entendu que cela va impacter notre manière de travailler, en venant rajouter une contrainte sur les critères qui conditionnent le choix d’une structure.

Et comme par hasard (qui a dit « comme d’habitude » ?) cette contrainte est antagoniste avec une bonne partie de celles qui existent déjà. Un petit exemple : le béton armé est un gros émetteur de gaz à effet de serre du fait de la nécessité de brûler du calcaire pour la fabrication du ciment (et quoi qu’en disent les services de communication des gros cimentiers et industriels, le béton décarboné ce n’est pas pour tout de suite – voir les travaux que nous menons avec l’IFPEB à ce sujet pour ceux qui souhaitent le creuser un peu – et si vous voulez creuser très fort n’hésitez pas à nous contacter pour en discuter).

 

Notre béton donc, présente un poids carbone conséquent. En revanche il est un excellent matériau pour répondre aux contraintes de sécurité incendie (faites un calcul de stabilité au feu d’une charpente métallique pour vous en convaincre si besoin, vous allez rigoler), ainsi qu’aux contraintes acoustiques d’un bâtiment. Sans parler de sa résistance mécanique qui n’est plus à prouver… Il va falloir faire des choix et trouver un équilibre qui n’ira pas de soi dans tous les cas. Donc ce n’est pas gagné d’avance et cela va changer quelque peu nos habitudes de travail et notre manière d’aborder les projets. Dit autrement, sortir du paradigme actuel du tout-béton auquel nous nous sommes habitués (en qui en dehors des considérations environnementales fonctionne très bien et a plein d’avantages – c’était aussi le cas pour l’amiante mais c’est une autre histoire).

Tout cela pour dire que cette nouvelle réglementation va concerner tous les intervenants du bâtiment, à commencer par ceux qui passent en premier, les bureaux d’études. Elle devrait devenir applicable en janvier 2022 (suite aux dernières négociations entre le gouvernement et les acteurs de la filière bâtiment), et les seuils de carbone sont prédéfinis pour ses évolutions ultérieures jusqu’en 2031. Bien entendu, ils sont largement à la baisse (-30% entre 2022 et 2031 sur les matériaux de construction).

Alors nous avons deux choix devant nous : soit on continue comme d’habitude ce que l’on sait faire en se disant qu’on en a vu d’autres et qu’on verra bien quand on y sera, soit on se penche dès à présent sur le problème et on se met dans la bonne direction dès à présent. La bonne direction est facile à suivre : moins de carbone dans nos bâtiments.

Plus facile à dire qu’à faire bien entendu, mais quand on regarde un peu sérieusement les enjeux liés au changement climatique, on se dit qu’il n’est peut-être pas idiot de se pencher sur le sujet, réglementation ou pas d’ailleurs…